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Nom : Ouvrage de Métrich : découvrez l’un des plus gros ouvrages abandonné de la ligne Maginot État : Abandonné Année de visite : 2019


 

Situé dans le secteur fortifié de Thionville, l’ouvrage de Métrich (A17) est le 4ème plus gros ouvrage de la ligne Maginot. Sa construction débute en 1931 et a pour objectif de défendre la vallée de la Moselle. Il sera actif à partir du 20 mai 1940 où il apportera son soutien à des avants-postes menacés. Moins d’un mois plus tard, suite à l’avancée allemande sur le territoire, 40% de l’effectif est évacué le 15 juin 1940. Le reste de l’équipage de l’ouvrage se retrouve encerclé et continue le combat en défendant ses abords et des ouvrages voisins. Après plusieurs jours de combats puis de cessez le feu, les 600 hommes restants reçoivent l’ordre de réédition et quitte l’ouvrage qui reste invaincu. Utilisé par les allemands, il est réactivé pendant la guerre froide avant d’être abandonné dans les années 60 faute à des poussées de terrain.

L’entrée des hommes

L’entrée des hommes est un bloc fortifié autonome, légèrement en pente vers l’intérieur, conçu pour abriter l’équipage et défendre l’accès à l’ouvrage. Elle est armée d’un créneau mixte pour jumelage de mitrailleuses et canon antichar de 37 mm (JM/AC 37), d’un autre créneau dédié aux mitrailleuses et de deux cloches blindées GFM type A qui assurent observation et tirs de protection. Cet équipement permettait aux défenseurs de contrôler l’avant du fort tout en bénéficiant d’une excellente couverture de tir. La façade pseudo‑bastionnée et la présence d’antennes radio soulignent l’importance donnée aux communications et à la vigilance. On y accédait par un plan incliné, ce qui facilitait le transport de matériel et permettait aux soldats de rejoindre rapidement les casernements souterrains et les galeries : un détail révélateur du soin apporté à la fonctionnalité et à la sécurité de cet accès.

À l’heure actuelle, la caserne souterraine est malheureusement très dégradée, après avoir été la proie des récupérateurs et ferrailleurs dès le milieu des années 1980, puis pillée massivement dans les années 1990. À l’époque, cette caserne était reliée à une usine électrique équipée de quatre groupes électrogènes SGCM GVU 33 développant chacun 225 chevaux, complétés par un petit groupe CLM de 8 ch pour l’éclairage d’urgence et le démarrage des moteurs. Du côté de la cuisine, on pouvait voir une porte portant les horaires de distribution du vin et des repas – un détail d’organisation quotidienne rarement observé dans les autres ouvrages de la ligne Maginot.

Les blocs de combats

L’ouvrage de Métrich comprend douze blocs, dont dix sont des blocs de combat. Les blocs 1, 3 et 15 abritent des casemates d’artillerie ou des mortiers de 81 mm ; les blocs 3 et 4 portent des tourelles de mitrailleuses ; les blocs 5 et 8 accueillent des tourelles de mortiers et de canons de 75 mm ; les blocs 10 et 11 sont armés de tourelles de 75/33 et 135 mm ; les blocs 7 et 14 servent d’observatoires. Chaque bloc combine plusieurs systèmes d’armes : créneaux pour mitrailleuses Reibel, canons antichars de 37 mm, mortiers de 50 mm et cloches GFM pour la défense rapprochée, ce qui permettait des tirs croisés et une défense en profondeur. Cette variété de blocs conférait à Métrich une puissance de feu considérable, capable de balayer la vallée de la Moselle et d’interdire les accès depuis la frontière allemande. L’ensemble des armements et des cloches d’observation assure encore aujourd’hui le statut de « géant » de la ligne Maginot à cet ouvrage historique.

L’ouvrage de Métrich et le problème des poussées de terrain

Si Métrich est l’un des plus grands ouvrages de la ligne Maginot, sa construction sur un banc d’anhydrite – un minéral voisin du gypse – s’est révélée être un défaut majeur. L’anhydrite gonfle lorsqu’elle est en contact avec l’eau. Avec l’humidité constante des galeries, ce phénomène a progressivement soulevé les radiers (les dalles de sol) et déformé les structures. Fin 1938, à cause des poussées d’anhydrite, l’infrastructure est déjà menacée et des travaux doublent le prix initial de l’ouvrage.

Ce soulèvement était particulièrement visible après le magasin à munitions M1 et dans le casernement. Aujourd’hui encore, la veine d’anhydrite continue de provoquer des poussées qui fissurent les murs et soulèvent les planchers. Ces contraintes géologiques, combinées au coût d’entretien, ont conduit à l’abandon de l’ouvrage dès les années 1960. Après avoir servi à divers usages (stockage de matériel jusqu’en 1975, champignonnière en 1986‑1987…), il est laissé à l’abandon et devient la cible de récupérateurs et de ferrailleurs, dont l’activité se généralise dans les années 1980‑1990. En 1997, l’armée finit par recouvrir les entrées et les blocs de combat de remblais pour limiter les intrusions dans un ouvrage déjà très endommagé par la poussée du sol et le pillage